Conte – Niyak, le grand ours

Niyak venait tout juste de sortir de sa traditionnelle léthargie hivernale, et pourtant le soleil ne semblait pas briller ce matin de printemps. Il s’extirpa avec lenteur et conscient de tous ses gestes de son abri ; il étira avec détermination ses quatre membres et tendit son corps vers le ciel comme tous les siens l’avaient fait avant lui.

Il fit quelques pas et ceux-ci résonnèrent aux quatre directions ; il voulait par ce geste déterminant, saluer la Terre et signifier à ses habitant que lui, Niyak, l’ours noir était réveillé.

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Son museau retrouva les habitudes, il flairait l’air, et le sol, il allait devoir de nouveau penser à la quête de nourriture. Ceci ne demandait pas dans sa contrée beaucoup d’effort. Il avait plus la réputation d’un gros paresseux et indolent. Au détour d’un sentier, alors qu’il flairait les jeunes pousses d’arbrisseaux, il entendit s’approcher, bien avant de le voir, son compagnon de tous les jeux, Mootran, le raton laveur. Avant même les habituelles salutations entre amis, ce dernier lui demanda si il savait où se cachait le soleil.

– Mais comment veux-tu que je le sache, je viens juste de me réveiller, c’est plutôt à toi de me le dire.

Mootran, baissa la tête et se frotta le museau entre ses deux pattes de devant, et lui raconta ce qu’il savait de la disparition du soleil.

– Il y a de cela plusieurs temps, un matin le soleil n’est pas apparu à l’horizon. Depuis, ni le jour, ni la nuit ne viennent nous guider. Beaucoup d’amis se cachent, par peur. Certains, tel le clan des loups, sont partis à sa recherche. Mais nul n’a de nouvelles d’eux depuis. Hittah, le grand aigle a conduit plusieurs expéditions auprès des dieux, mais même ceux-ci ne savent rien, ou ne veulent plus rien dire.

Le grand ours s’assit sur son postérieur et paru très intrigué ; il voulait poser mille questions. Ses grosses pattes bâtaient l’air comme pour dire au soleil de revenir. Mais rien ni fît. – Que dit le grand conseil de la forêt et qu’en pensent les grands arbres, eux qui savent toujours tout sur tout?

– Personne ne sait rien. Personne ! – répondit le raton laveur, comme accablé par cette réponse sans espoir.

Alors Niyak, se rappela une histoire que les anciens ours se racontaient jadis, quand les démons croyaient pouvoir voler le soleil. Il se dirigea vers le grand conseil et leur parla de cette histoire.

– Mes amis, mon peuple parlait jadis du désir des démons de pouvoir capturer le soleil et de l’emmener avec eux dans les mondes obscures. Je me souviens, que le frère de mon père rappelait que cela s’accomplirait quand les habitants de la forêt oublieraient de saluer chaque jour, le soleil, pour une nouvelle journée.

Le conseil, par la bouche du vénérable cerf, demanda si quelques actions étaient possibles et comment ils pouvaient gagner le monde obscur.

– Seul l’ours peut gagner le monde obscur car il a l’habitude de dormir chaque année et ses rêves le mènent aux frontières de ces terres maudites. Comme me l’ont appris mes anciens, je sais gagner ces territoires, et je vais essayer de ramener le soleil. Il prit congé et partit s’installer au plus profond de son refuge. Ses yeux se fermaient et dehors tous et toutes attendaient son retour. Mais jamais il ne revint.

Plus tard, beaucoup plus tard, de nombreux printemps après, lors d’une cérémonie d’initiation à l’âge adulte d’un des clans de ceux qui marchent debout sur la terre Mère, les anciens expliquèrent comment le valeureux Niyak avait sauvé le soleil. En voyageant dans ses rêves, il avait atteint les mondes obscurs et en offrant tous ses os, il avait pu racheter le soleil aux démons.

Depuis ce jour, les chamanes respectent l’esprit de l’ours et doivent vivre l’initiation du dépècement de leurs os, pour pouvoir devenir chamane et le rester sous le soleil des quatre saisons.

Telle est l’histoire que je tiens de l’esprit du grand ours. Telle est l’histoire que je vous nomme.