Conte – Parole d’aigle

Tout semblait parfaitement calme et serein, du moins en apparence, les chasseurs du clan étaient rentrés une nouvelle fois bredouilles de leur chasse. Ils avaient été accueillis sans un cri, sans même une parole de désapprobation. Les enfants cessaient de jouer et de tourner autour des feux, les anciens se réunissaient un peu à l’écart, comme perdus au plus profond de leurs pensées, vides d’espoir et de réponses.

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Nuls ne savaient pourquoi, une nouvelle fois les chasseurs, pourtant si habiles et déterminés rentraient encore sans aucune nourriture à offrir à des bouches devenues si avides. Les chefs de chasse ne prononçaient nulle parole, ni pour se justifier, ni pour tenter de comprendre le sens de ce qui se faisait déjà sentir comme un abandon des dieux et des esprits. Les tambours se mirent une nouvelle fois à chanter, et la nuit se déchira de cette complainte, de cette demande d’aide. Ce n’est que plus tard dans la nuit, que le clan, terrassé par la faim et la fatigue s’endormit. Au petit matin, alors que le sommeil conservait encore la plupart des membres du clan dans une douce langueur, que le plus jeune des porteurs de visions s’éloigna du campement, comme pour calmer ses intenses réflexions. Il n’avait pas encore l’âge d’être un chasseur, il sortait à peine de l’initiation d’homme.

Il s’éloigna, les yeux dirigés vers le sommet de la montagne, que la brune du matin dissimulait encore aux regard. Il ajusta la couverture sur ses épaules et allongea le pas vers l’horizon ; il emportait avec lui, seulement un simple caillou que lui avait remis son père. Une pierre de visions, lui avait-on dit.

La montagne semblait s’éloigner, plus il avançait ; sa gorge commençait à souffrir de plus en plus de la soif, et même de la peur. Mais rien ne l’arrêterait, et il continua de marcher, alors que le soleil était déjà haut dans le ciel.

Par plusieurs fois, il trébucha, son corps éprouvé par la chaleur et les privations ; mais à chaque fois il se releva, animé d’une détermination sans faille. Il devait se rendre au sommet de cette montagne ; telle avait été la teneur de son dernier rêve.

Le clan avait à peine pris conscience de son absence, tellement était grande sa détresse. Le jeune rêveur gagna enfin le sommet de cette montagne, son corps tout meurtri de cette ascension, de ce périple. Il s’effondra au sol, son pauvre corps vidé de toutes ses forces. Ses yeux, se dressèrent soudain vers le ciel, alors que se dessinait au dessus de lui une ombre, qui lui sembla gigantesque.

Un grand oiseau, comme il n’en avait jamais vu, semblait dessiner de grands cercles autour de lui. Aucune peur ne l’assaillait, il contemplait ce spectacle fascinant. Et l’oiseau descendit, pour venir se poser tout près de lui et s’adressa directement à lui, en effleurant légèrement son visage d’une de ses ailes.

– Ton clan semble avoir oublié les enseignements des anciens. Il part à la chasse sans avoir pris conseil auprès des anciens, ni des esprits qui guident la main du chasseur.

Le jeune homme, se redressa, comme pour mieux entendre la parole du grand aigle.

– Tu vas redescendre vers les tiens, et tu pourras les guider vers des chasses fructueuses. Je t’ai choisi pour porter la plume du savoir et de la connaissance.

Il déposa une grande plume sur le front du jeune homme.

– Prends-la, et porte la en signe de ta fonction, celui qui voit plus loin et qui parle avec les oiseaux.

Le grand aigle lui conta que ses enfants et les enfants de ses enfants donneraient une plume à toutes celles et tous ceux qui seraient choisis pour guider le clan, au fil des âges. Il étira ses ailes et s’envola dans un grand battement.

Le jeune homme, portant fièrement la plume redescendit vers les feux de son clan.

Il parla, il enseigna pendant des jours et des nuits, il dressait à chaque fois la plume, comme pour rappeler le nécessaire chemin de reliance avec les esprits.

Plus jamais les chasseurs ne revinrent bredouilles, du moins tant qu’ils savaient écouter, celui, ou celle qui voit plus loin et qui parle avec les oiseaux.